LA BATAILLE DES LANGUES EN EUROPE
par Yvonne Bollmann (Éd. Bartillat)
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par François Lardeau
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aaaaaa Yvonne Bollmann, germaniste, maître de conférences à Paris-XII, travaille avec opiniâtreté et talent à démasquer les enjeux politiques qui se cachent depuis longtemps derrière la pseudo volonté affichée de protéger le patrimoine linguistique européen. Son précédent ouvrage La Tentation allemande paru en 1998 aux éditions Michalon, avait déjà montré que la Charte des langues régionales et minoritaires adoptée par le Conseil de l'Europe en 1992 portait en elle un risque mortel pour l'unité de la République française, ce que confirme pleinement la capitulation sans condition du gouvernement Jospin devant les actions terroristes de quelques extrémistes corses, en particulier le caractère obligatoire et fondamentaliste donné à l'enseignement de la langue corse qui a pour corollaire - on ne le soulignera jamais assez - celui de l'anglais comme nouvelle langue nationale.
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aaaaaa Dans La bataille des langues en Europe, Yvonne Bollmann apporte d'utiles précisions sur la genèse de la Charte, sur ses origines méconnues et surtout sur la personnalité et les desseins de ses auteurs tant en Allemagne et en Autriche qu'en France même. L'enjeu de cette bataille est de substituer une Europe fédérale à caractère ethnique aux États-Nations préalablement déstabilisés par une subversion interne, au besoin soutenue de l'extérieur, et par l'endoctrinement de leurs hommes politiques (c'est le cas de L. Jospin) et de leur jeunesse, ce qui est en cours en France, chacun peut le constater. Incarnation historique du modèle État-Nation, notre pays, seul obstacle réel à la réalisation de cc projet, est bien entendu devenu la cible privilégiée. Les hommes politiques français qui, tel B. Poignant, député socialiste européen auteur d'un rapport au Premier ministre favorable à 1a Charte, croient pouvoir rejeter d'entrée une lecture ethnique des langues régionales et minoritaires qui ouvrirait la porte au rejet de l'autre et à la xénophobie, donc au racisme, s'illusionnent : gravement. Tout prouve le contraire, à commencer par l'enseignement obligatoire de la langue régionale ou minoritaire au sein du groupe concerné. Il est donc faux de prétendre que « la lutte pour l'unité européenne et la lutte pour l'autonomie des régions sont une seule et même chose », car l'unité européenne supposée ne sera qu'une autre forme d`État-nation. Le centralisme bureaucratique de Bruxelles en est la preuve vivante et la volonté hégémonique de l'Allemagne réunifiée ne fera que le renforcer à terme, car l'unité européenne telle que la conçoivent les Allemands, qui en sont devenus les maîtres d'oeuvre depuis la chute du Mur, c'est la multiplication des protectorats comme au temps du IIIe Reich, ce qui signifie en clair l'alignement linguistique et culturel sur Berlin. Monnaie et langue allemande sont déjà dominantes en Europe centrale et en Europe de l'Est, voire en Europe de l'Ouest, c'est l'évidence ! Dans ses conditions, la protection des identités régionales et minoritaires relève du mythe et leur destruction suivra inéluctablement celle des identités nationales dont on s'apercevra bientôt que ces dernières en étaient, par l'Histoire, le meilleur garant de leur survie. Non sans malice et sans aucun doute à raison, Yvonne Bollmann rapproche la protection évoquée par la Charte européenne de celle dont Berthold Brecht parlait dans sa célèbre pièce intitulée « La résistible ascension d'Arturo Ui ».
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aaaaaa La dernière partie du livre d'Yvonne Bollmann est consacrée à l'action des partisans « français » d'une Europe fédérale à caractère ethnique pour lesquels, se référant au tableau du peintre Ben proclamant à l'exposition de Séville en 1992 que 1a Suisse, pays aux quatre cultures et langues, n'existait pas, la France n'existe pas davantage ! Implantés à Nice depuis 1960 (d'où sans doute le choix « innocent » de cette ville pour le sommet européen de décembre 2000 ...), ils y ont créé deux structures d'endoctrinement, le Centre international de formation européenne et l'Institut européen des hautes études internationales, et y ont fait paraître en 1998 un singulier atlas collectif ethnolinguistique, La Clef, duquel il ressort qu'il n'y a dans les limites de la France actuelle que... 59 % de Français, à côté desquels on trouve, « colonisés » 20,5 % d'Occitans, etc. Parmi les 10 droits des ethnies, qui sont énumérés en fin de volume, figurent les droits au territoire, aux ressources naturelles, aux bénéfices d'exploitation, à la protection du marché (sic), à l'organisation autocentrée. La parution de cet atlas a notamment été saluée par le juriste français Guy Héraud qui développe depuis 1963 sa vision du fédéralisme ethnique dans la revue autrichienne spécialisée Europa Ethnica et qui propose trois schémas possibles pour balayer les États-nations et créer une Europe fédérale des régions qui sera soit une fédération anethnique (découpage selon des critères économiques prenant également en compte les données naturelles et/ou historiques), soit une fédération de régions mono-ethniqucs (constituées selon le principe nulle région ne chevauche de limites d'ethnies, avec un découpage éventuel en plusieurs régions, toujours selon des critères économiques si l'importance de l'ethnie le nécessite, l'objectif étant de laminer les grandes nations en régions d'importance moyenne), soit enfin une fédération d'ethnies (constituées sur la base d'une langue et d'une culture communes sans bien entendu chercher à aboutir à des régions d'importance égale). Cette révolution quelque peu utopique à laquelle travaille Héraud et dont il attend une paix durable en Europe fait une impasse essentielle. Elle n'unit pas tous les Allemands en un seul État et c'est s'illusionner que de refuser de voir leur volonté et leurs capacités unificatrices qui les pousseront tôt ou tard à chercher à résoudre le problème par eux-mêmes. On sait ce que cela veut dire et Yvonne Bollmann termine son ouvrage en montrant qu'ils sont déjà au travail en Alsace avec toutes les initiatives transfrontalières en cours.
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aaaaaa La bataille des langues en Europe est à n'en pas douter une nouvelle bataille de France. Par idéologie ou incompétence, nos dirigeants n'ont rien fait et ne font toujours rien pour la gagner, mais on se prend à espérer que, la sachant perdue depuis le sommet de Nice et se rendant compte qu'avec cette défaite leur avenir politique est lui-même bien compromis, ils n'en rajouteront plus et seront même capables d'un sursaut. Si le livre d'Yvonne Bollmann pouvait y contribuer, qu'elle en soit d'avance remerciée ! Et que ceux qui n'ont pas perdu tout espoir aillent chercher leurs munitions dans son ouvrage afin que, encore une fois, tout recommence.