De la force européenne de réaction rapide au IVème Reich
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par François Lardeau
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aaaaa La mise sur pied de la force européenne de réaction rapide, décidée au Conseil européen d'Helsinski en décembre 1999, après la campagne du Kososvo et ses désillusions, entre dans une phase active sans que pour autant - les missions de Petersberg sont suffisamment floues dans leur définition - on ait une idée exacte des objectifs poursuivis par chacun des états concernés. S'agit-il bien d'opérations extérieures de projection démocratique, les fameuses Opex, ou n'est-ce pas plutôt, comme pour la marche à la monnaie unique, la voie choisie par les fédéralistes pour imposer une armée européenne intégrée aux dépens des armées nationales et de leurs missions ? Aux dépens aussi des budgets nationaux des plus naïfs ?
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aaaaaa En effet, selon Air & Cosmos , hebdomadaire aéronautique réputé pour le sérieux de ses informations (n° 1780 - 26.01.01 - page 6) :
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aaaaaa « Paul Quilès, président de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, demande l'abandon de la prochaine loi de programmation et réitère ses appels en faveur d'une programmation militaire européenne. »
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aaaaaa L'information ne surprend pas. La position de M. Quilès sur le sujet est connue depuis longtemps et aucun responsable politique français ne pourra faire mine de s'en étonner, surtout pas dans l'opposition déjà à demi acquise à sa thèse fédéraliste et atlantiste. Il est évident que pour nombre d'élus, de gauche comme de droite, qui prétendent pourtant représenter le peuple français - qu'en fait ils abusent - et ses intérêts, la France n'existe plus ni en tant que nation (le projet corse de M. Jospin en témoigne et en appelle d'autres), ni en tant qu'Etat, ni a fortiori en tant que puissance. La campagne d'autodénigrement, puis de repentance tous azimuts, menée depuis la présidence de M. Giscard d'Estaing, M. 1% (quand on représente si peu, pourquoi tant de prétention ...), ne doit rien à une soudaine prise de conscience, ni au réalisme, ni à la sincérité. A l'époque de La guerre du sens (Général Loup Francart - Economica), elle s'inscrit dans un processus délibéré de destruction psychologique de la France et s'avère chaque jour davantage criminelle, aussi bien dans sa nature que dans ses buts et effets futurs, et la question est toujours la même : A qui profite le crime ?
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aaaaaa Il ne faut pas s'étonner davantage que cette déclaration de M. Quilès - déclaration officielle du fait de ses attributions dès que rendue publique - fasse écho aux prises de position qui se multiplient depuis le Conseil européen d'Helsinski. Les 15 et 16 juin dernier se sont tenues à Paris les VI èmes Rencontres internationales des associations Eurodéfense qui sont une des émanations des lobbies militaro-industriels des pays qui composent l'Union européenne et on a pu entendre, lors de la première partie du débat, consacrée au projet politique, M. de Decker, Président du Sénat belge, déclarer ce qui suit (actes de la rencontre, page 28) :
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aaaaaa « Je crois aussi que nos Etats prennent de plus en plus conscience des énormes gaspillages qu'entraîne le morcellement des moyens militaires européens en quinze budgets militaires différents...(Ils) dépensent ensemble 160 milliards d'euros ou de dollars (sic) et les Américains 260 ..., alors que l'on estime les capacités militaires de l'effort européen entre 10 et 20 % des capacités des Etats-Unis d'Amérique. On se rend parfaitement compte que nous jetons l'argent par les fenêtres. Il est donc grand temps de se mettre à réfléchir en termes de mise en commun de budgets, d'examen comparé des budgets et d'utilisation des budgets. »

aaaaaa Tout est pratiquement dit en ces quelques phrases sur la fin programmée des armées nationales en Europe et plus spécialement sur l'avenir de la défense nationale française si les socialistes viennent à détenir tous les pouvoirs après les prochaines élections présidentielles et législatives et si, alors, c'est la thèse de M. Quilès qui triomphe. Il reste cependant que notre ministre de la Défense, M. Richard, dans son discours de clôture des Rencontres (pages 147 à 152 des actes), s'est placé pour l'instant en retrait des propositions de M. de Decker, déclarant que « la programmation militaire (des capacités d'intervention) restera de compétence nationale » et que « la définition d'objectifs conjoints de capacité n'implique pas davantage la constitution d'une armée européenne ». Propos « rassurants », mais valables pour combien de temps, quand le même ministre, parlant du maintien de la démarche intergouvernementale pour décider de l'emploi des forces, évoque « nos inspirations personnelles ou nos préférences, pour certains très proches du fédéralisme », c'est-à-dire la tendance de fond de son auditoire? Il prêche la patience, étant sur le fond lui-même d'accord sur la finalité fédéraliste de l'accord d'Helsinski, ce que confirme l'approche capacitaire.
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aaaaaa Le Conseil en fixant alors l'objectif global (être en mesure en 2003 de déployer en 60 jours et pour une durée au moins égale à un an une force de réaction rapide, si besoin de l'importance d'un corps d'armée, soit pour la composante terrestre 50 à 60 000 hommes) a en effet distingué entre capacité globale, assurée par les contingents nationaux, et capacité collective : moyens de commandement et de contrôle, de renseignement et de transport stratégique, ce qui ne peut signifier autre chose que la mise en pool de ces moyens au niveau européen et par conséquent la fin, si désaccord au niveau de l'Union, de leur pleine disponibilité au niveau national, s'agissant par exemple d'une évacuation manu militari de nos ressortissants dans un pays lointain.
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aaaaaa D'autre part, la contribution française, compte tenu des prépositionnements en divers territoires sous souveraineté ou sous accord bilatéral, mobilisera une part si importante des moyens nationaux qu'on peut douter de la capacité des moyens résiduels à assurer les missions qui resteront de la responsabilité nationale exclusive. Enfin, si une menace majeure se refaisait jour à l'Est, on voit mal comment pourrait s'effectuer la reconversion nécessaire de la force de réaction rapide en une formation de combat efficace face à un ennemi puissamment armé et bénéficiant, quoi qu'on en dise, de toutes les technologies requises pour un combat de très grande intensité. Le recours inéluctable à l'Otan, c'est-à-dire en fait aux Etats-Unis d'Amérique, ôte dès à présent toute signification à la revendication par l'Europe du statut de grande puissance.
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aaaaaa Cela n'empêche pas la défense européenne d'être devenue, après l'euro, la tarte à la crème du tout-Europe, à Paris comme à Bruxelles. Pour faire bonne mesure, on y ajoute, renversant l'ordre des choses, la nécessité de ... renforcer les capacités européennes de gestion non militaire des crises (sic). Les diplomates seraient-ils moins manipulables que les militaires que l'on n'a cessé de complexer et qui, pour quelques étoiles de plus, sont désormais manifestement plus prêts à assurer la logistique de l'humanitaire et à exécuter des missions de basse police qu'à faire leur métier de soldat ? L'ambassadeur Robin en a donné l'exemple lors des mêmes rencontres (page 39) :
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aaaaaa « Je voulais faire part de mon étonnement. Cette partie des travaux était consacrée au « Projet politique : pour quelle action ? » ...Je n'ai jamais vu quelle était la fin. A vrai dire, cette fin se dessine en creux ... quand on entend dire qu'il faut créer un corps expéditionnaire ; que derrière ce corps expéditionnaire, il faut avoir un corps de police pour assurer l'ordre public dans le territoire où il aura été expédié ; que derrière ce corps de police, il faudra avoir un corps d'administrateurs civils pour gérer l'économie du pays que l'on aura ainsi occupé. Par conséquent, il est assez clair que le projet est un projet colonial ... Pourquoi y a-t-il une espèce de conspiration du silence sur cet objectif politique qui apparaît visiblement central ? On préfère traduire cela en termes purement militaires ? ».
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aaaaaa Question irrévérencieuse et évidemment laissée sans réponse. De fait, si l'on se réfère aux exemples bosniaque et kosovar, il s'agit pour le moins de la mise en place de protectorats, ce qui, entre autres choses, implique la durée et est par conséquent incompatible avec la disponibilité des forces affectées pour d'autres missions de Petersberg ou nationales. A cette occasion, le Général Schmitt, ancien chef d'état-major des Armées, a levé un autre coin du voile en revenant sur les buts de guerre au Kosovo (page 122 des actes) :
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aaaaaa « Pour les Européens, il s'agissait d'aller progressivement vers l'établissement des règles démocratiques dans tout leur espace intérieur ; pour les Américains, il s'agissait d'affirmer la prééminence de l'Alliance atlantique, de donner des satisfactions à la Turquie et de compléter leur politique au Proche Orient ».
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aaaaaa Sans remettre en cause les principes « généreux » évoqués pour l'Europe, au niveau de la France en particulier, toujours aussi naïve dans ses analyses, on nous permettra de douter des intentions de l'Allemagne qui est à l'origine de la crise balkanique qu'elle a provoquée et armée dans le double but de détruire la Yougoslavie (des slaves, donc des Untermenschen, des communistes et des orthodoxes, pensez donc !) et de retrouver un accès à la Méditerranée où elle entend bien jouer son rôle de puissance dominante en Europe. Il ne faut pas oublier à cet égard que le Danube est pour l'Allemagne l'autre voie d'accès au Proche Orient - ce qui rend le verrou de Belgrade insupportable - et que, présente en Méditerranée et sur le Danube, elle soumet à son emprise l'ensemble des Balkans, avec l'aide de son alliée, la Turquie. Ce faisant, elle est en train de recréer les conditions d'un conflit à l'Est avec la Russie et certains pays ex-satellites de l'URSS que sa volonté hégémonique inquiète, mais ce n'est pas à dire.
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aaaaaa Quant aux militaires français, dans cette affaire du Kosovo, tout a été fait pour leur donner un complexe d'infériorité en insistant sur la moindre efficacité de leurs moyens, comparés à ceux des Américains. Rien n'a été prouvé qualitativement sur le terrain, mais ils sont tombés dans le panneau et ne jurent plus que par une révolution technologique dont le financement leur est présenté par ailleurs comme hors de portée d'un seul pays européen. Ce qui, d'une certaine manière, apparaît comme une contrevérité si on analyse les capacités déployées par nos forces aériennes qui ont surpris les Américains eux-mêmes. En réalité, tout montre que ce dénigrement officiel de nos moyens militaires s'inscrit dans une manoeuvre politicienne plus vaste qui vise à renoncer purement et simplement à une armée nationale au profit d'une armée fédérale, plutôt que de poursuivre la refondation à l?horizon 2015 de notre outil militaire. L'action est menée avec beaucoup de persévérance par Bercy sur le plan budgétaire (le budget des armées comme variable d'ajustement) : on accorde de moins en moins de crédits aux militaires pour s'entraîner et assurer la maintenance de leurs matériels, puis on fait constater par les médias qu'ils sont de moins en moins opérationnels, en les comparant par exemple aux Anglais. Cette action conjuguée sur le plan budgétaire et sur le plan psychologique ne peut évidemment les conduire qu'à de nouveaux complexes d'insuffisance, à partir desquels il devient facile de les convaincre qu'une armée européenne unifiée résoudrait tous ces problèmes. Les objectifs de Bercy se sont trouvent ainsi confirmés dans leur cohérence apparente, qui est encore renforcée par un certain nombre de faits malheureux : armements nationaux ridiculisés (porte-avions Charles de Gaulle) ou inexportables (char Leclerc et avion Rafale).
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aaaaaa Tout cela fait donc que, pour les technocrates de Bercy et d'ailleurs, ceux de Bruxelles entre autres, ainsi que pour nos états-majors mexicanisés, qui ne raisonnent que sur le papier et à partir de considérations abstraites où, malgré les enseignements connus des guerres coloniales perdues, les hommes et les cultures n'ont nulle place, les propositions de MM. Quilès et de Decker ne peuvent être que séduisantes : le rapport coût/efficacité est d'autre part devenu la seule religion, comme la pensée unique, et peu importe les situations auxquelles les militaires auront à faire face sur le terrain et auxquelles il leur faudra s'adapter au mieux pour remplir leur mission, au pire pour survivre. En fait, on voit bien que là encore le véritable choix échappe aux politiques, décidément par trop naïfs ou incapables, et qu'il se situe d'abord au niveau des intérêts du lobby militaro-industriel européen en voie de constitution à travers les fusions en cours des industries d'armement nationales et, bien sûr, déjà fortement présent à Bruxelles ou au Bénélux, clone parfait du fédéralisme allemand. Le choix du siège social de EADS est en lui-même une indication à cet égard. Pour ces gens, il s'agit de continuer de faire leur beurre sur du toujours plus technologique, sans justification vérifiée, et, pour conforter leur position, de faire en sorte de ne plus avoir qu'un interlocuteur unique et toujours solvable à la place de budgets nationaux dont la pleine exécution n'est jamais assurée. Dans ces conditions, il est bien clair que, une fois constitué, l'outil militaire fédéral deviendra le groupe de pression principal pour la mise en oeuvre d'une politique étrangère de l'Europe au service exclusif des intérêts du capitalisme continental, voire international. Les risques de dérapage dans les décisions d'intervention seront énormes, mais nul n'en a cure aujourd'hui. Considérée de ce point de vue, la question posée par l'ambassadeur Robin prend tout son sens.

aaaaaa Inutile de dire, tant cela va de soi, que cet outil sera placé sous commandement allemand, ne serait-ce qu'en raison de l'évolution au profit de la « nouvelle » Allemagne des données géopolitiques en Europe, avec l'élargissement de l'Union à l'Est, et que du fait de l'effacement de la France à l'Ouest, inscrit dans sa participation plus faible à la force européenne (la troisième après l'allemande et l'anglaise). Les conséquences sautent aux yeux.
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aaaaaa La première de ces conséquences sera, on l'a dit, la fin des armées nationales, ce à quoi tous les pacifistes à vocation d'esclaves applaudiront sans réserve. Tout à transformer les dividendes de la paix en avantages nouveaux à distribuer par l'Etat-providence, ils n'en deviendront pas pour autant des patriotes européens et ils mettront à saborder la constitution de la force fédérale le même acharnement que lorsqu'il s'agissait des armées nationales, aidés en cela par des populations acquises par leurs soins à la loi du moindre effort et à tous les renoncements. L'armée fédérale, nécessairement professionnelle pour être utilisable sans consultation politique, sera donc constituée sur la base d'un recrutement ouvert principalement, faute d'un recrutement suffisant à l'Ouest, aux ressortissants des zones les plus défavorisées de l'Est et des Balkans, voire de plus loin. L'unification se fera par la langue et il est inutile de faire un dessin pour voir que ce sera l'anglais - c'est déjà « interopérant » - ou à défaut l'allemand. On imagine les dialogues avec l'occupant des populations civiles revenues à leurs langues régionales !
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aaaaaa Force d'interposition, de maintien ou de rétablissement de la paix, cette armée fédérale, relevant d'un commandement fédéral, autrement dit allemand, aura en effet vocation première à intervenir à l'intérieur du périmètre européen et donc des états qui composent l'Union pour arbitrer les situations conflictuelles qui ne vont pas manquer de se développer entre des états centraux et certaines de leurs provinces. Ainsi, pour la France, pouvons-nous prévoir dans les années qui viennent des interventions de ce type au sujet de la Corse, du Pays basque et de la Bretagne, sans omettre d'autres risques pour l'instant moins évoqués (Roussillon, Savoie, Alsace, Flandre, etc...). Ces interventions sont d'autant plus probables que la France continentale, qui a jusqu'à présent plutôt joué un rôle de base arrière dans les irrédentismes transfrontaliers, est en train de devenir elle-même le lieu d'actions séparatistes terroristes et il y a tout lieu de penser que, devant celles-ci, l'opinion publique, savamment travaillée, réclamera le compromis qui conduit à l'«indépendance» dans le cadre européen fédéral. Là aussi, les conséquences ne sont pas mesurées par nos dirigeants. Ces «indépendances» ne peuvent que faire boule de neige (après le Pays basque et le Roussillon catalan, pourquoi pas l'Occitanie ? L'autre site de l'ex-Aérospatiale étant en Bretagne, alors, adieu Airbus !) et conduire à la dislocation de la France et de son économie, ce qui est sans nul doute un but poursuivi par certains de nos « partenaires » européens depuis longtemps. Avant de se rallier à une telle Europe, les militants socialistes devraient bien se poser la question de l'avenir des traitements des fonctionnaires et des retraites des salariés français en général dans celle-ci. Les Corses aussi, d'ailleurs. Une chose est sûre : ce n'est pas l'Europe fédérale germanisée qui s'en chargera à la place de l'ex-France !

aaaaaa Car c'est cela l'horizon réel, celui en fait d'un quatrième Reich allemand, avec tous ses risques, à l'Est et au Sud-Est de l'Europe notamment. Le Conseil européen de Nice, réuni après les Rencontres de juin des associations Eurodéfense, a été un échec français et principalement celui du Président de la République qui s'était investi au plus haut degré dans sa préparation, espérant être, pour l'Histoire, un des pères de l'Europe élargie et unifiée. L'échec, non envisagé à l'époque des rencontres, a donc été avant tout politique et son seul résultat - littéralement dévastateur - est d'avoir entériné la rupture, sans aucun doute définitive, de l'équilibre franco-allemand au sein des institutions européennes. Il n'est pas inutile de rappeler ici que Jean Monnet lui-même faisait de cet équilibre la condition sine qua non de la réussite du projet européen, commencé en 1951 avec le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Il écrivait à cette occasion dans ses mémoires : « La règle d'égalité, dans son automatisme, ne se prêtait pas aux calculs et aux marchandages... Elle mettait fin à toutes les tentations de jeu de bascule au sein des institutions, car elle avait un fondement moral qui excluait qu'on trichât avec elle ».
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aaaaaa L'Allemagne a su tirer parti de toutes les opportunités qui se sont présentées, quand elle ne les a pas provoquées, de la chute du Mur de Berlin à la dislocation de la Yougoslavie. S'engouffrant dans la potentialité germanique retrouvée, sa diplomatie a patiemment reconstitué les marches anciennes en faisant des pays de l'Est ex-communistes des alliés sûrs. Sur le plan militaire, la création d'un corps d'armée germano-polonais en apporte la démonstration. L'Allemagne, c'est donc désormais et sans complexe Deutschland über alles in Europa, et cela avec la bénédiction américaine. Elle est en vérité la seule bénéficiaire du conflit dans les Balkans. Aux moindres frais quant à son engagement militaire sur le terrain, elle a élargi ses marches en direction de la Méditerranée à laquelle elle a désormais accès à travers la Croatie, son alliée de toujours contre les Serbes diabolisés cette fois encore. C'est cette nouvelle réalité qui domine aujourd'hui la politique européenne, sur l'élaboration et la mise en oeuvre de laquelle la France, qu'elle soit de M. Chirac ou de M. Jospin, a maintenant perdu toute influence réelle. N'ayant pas su réagir à temps, en reconstituant par exemple un front latin qui aurait pu devenir un élément de rééquilibrage, en ayant déçu - pour ne pas dire lâché - quasi systématiquement tous ses alliés pour faire plaisir à l'Allemagne (être le meilleur élève de l'Europe allemande, voilà le nec plus ultra), la France se retrouve isolée, la Grande Bretagne s'en tenant prudemment, elle, à son statut insulaire et d'intermédiaire privilégié avec les Etats-Unis. Placé dans une telle impasse, on peut penser qu'en bon stratège le Général aurait rompu, comme avec l'Otan. Nos dirigeants actuels n'ont pas assez le sens des intérêts nationaux et de l'identité nationale à préserver, ni assez de caractère et de courage pour le faire.
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aaaaaa Après la monnaie unique qui a vocation à redevenir tôt ou tard le mark, on va donc du même pas accéléré vers l'armée unique. L'échec de Nice, en reportant à 2004 la réforme institutionnelle, n'a fourni qu'une fausse rémission et déjà l'Allemagne s'impatiente. Le déséquilibre officialisé dans les rapports franco-allemands recrée les conditions d'un affrontement, mais, comme à Münich, on va essayer d'en conjurer le risque par de nouvelles concessions françaises. La France rentrera dans le rang, pourrait-on dire, et, avec elle, ses prétentions à jouer un rôle de premier plan dans l'organisation de la défense européenne. Les choses vont vite et iront de plus en plus vite. Dans la suite des engagements pris en septembre 1998 par l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie, engagements qu'a concrétisés la création d'une Agence européenne de l'armement, dont le siège a été établi comme par hasard en Allemagne (à Bonn), cette dernière va passer ses premiers contrats, dont les 225 A 400 M, l'avion de transport acheté à Airbus. Elle sera bientôt rejointe par l'Espagne et les Pays-Bas et on s'achemine ainsi, malgré les démentis, vers un organisme fédéral passant ses commandes pour l'ensemble des armées de l'Union dans le cadre d'une programmation militaire commune, exactement selon le voeu exprimé par MM. de Decker et Quilès, au grand dam de Giat Industries, notre fabricant de blindés, et de la direction des constructions navales (DCN).
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aaaaaa Ainsi, les abandons de souveraineté s'accélérant, surtout si la proposition de M. Quilès était retenue et devait priver dès janvier 2002 les armées française de toute programmation nationale, il se pourrait bien que le 14 juillet 2001, du haut de sa statue érigée depuis moins d'un an, le Général de Gaulle présidât en fait le dernier défilé de l'Armée française. Ce serait plus que symbolique et ce serait, sans risque de fausse interprétation, le signal que l'heure du combat décisif est venue.

29.01.2001