Discours d'accueil de Philippe Séguin lors de son dîner-débat
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par Jacques Dauer
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Monsieur le Président,
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aaaaa La coutume et la courtoisie veulent que l'on réserve à l'invité un florilège de compliments. Notre gaullisme n'impose point de telles nécessités. En revanche parce que vous êtes gaulliste, parce que je suis gaulliste, parce que nous sommes républicains nous saurons débattre, nous opposer et nous entendre, je vous remercie sincèrement de votre venue et par là-même de votre amitié.
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aaaaaa Connaissant votre acceptation à venir à ce dîner-débat, plusieurs de mes amis m'ont mis en garde eu égard au fait que vous saviez vous mettre en colère, et que je n'étais pas dépourvu non plus en cette matière. Je suis d'autant plus sensible à votre présence que c'est aujourd'hui une grande date historique mais peu connue. Non, ne cherchez pas, c'est en effet le lendemain et la veille de ce que vous pensez, mais c'est surtout pour moi et mes proches quelque chose de plus personnel, je suis né le mercredi 20 janvier 1926 à 16h30, d'une ascendance alsacienne et d'une autre corrézienne, l'une et l'autre remontant au XVIe siècle, vous comprendrez que l'échine n'est guère souple et les ans n'arrangent rien à l'affaire. Malheureusement cela se retrouve dans les écrits comme dans les propos.
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aaaaaa C'est la raison pour laquelle des personnes bien intentionnées, connaissant nos ires respectives m'ont conseillé d'éviter de parler du RPR, d'éviter donc de vous dire que je pensais que ce mouvement avait depuis quelques années quitté le gaullisme et même qu'il était devenu anti-gaulliste, que votre présence à sa tête avait été l'arbre qui cachait la forêt des trahisons et que nous eussions préféré que vous ne fûtes pas le président de ce mouvement dont l'objet n'est manifestement plus d'être un Rassemblement pour la République. Il m'est également recommandé de ne point traiter de l'Europe car tout le monde sait ce que j'ai dit, écrit, non seulement non à Maëstricht mais aussi que le vote, à peine positif du référendum, était nul et non avenu, la souveraineté étant inaliénable, aucune génération ne peut en disposer; que le traité d'Amsterdam devrait, en conséquence, comme Carthage être détruit.
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aaaaaa J'ai été averti que la construction d'une Europe confédérale que je défends, à savoir celle du Général de Gaulle, ne serait pas exactement celle à laquelle vous pensez. Nous eûmes à ce propos lors de la parution, en 1991, d'Une France vivante dans une Europe indépendante, un échange de lettres, car vous prôniez un élargissement sans barrière vers les pays d'Europe centrale et de l'Est, alors que je pensais à des communautés de nations de même évolution économique rassemblées ensuite dans une communauté élargie.
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aaaaaa Toutes les leçons de l'Histoire sont oubliées, mais la volonté d'un peuple pour sa liberté n'a jamais été contrariée très longtemps. Nous avons un gouvernement qui refuse au peuple français le droit de disposer de lui-même. Nous avons un pouvoir politique de droite comme de gauche liberticide. Chirac - et Jospin - ont atteint le comble de l'hypocrisie. Dans la dernière déclaration commune de « celui qui dit oui » notre président de la République et du socialiste saxon allemand, Schröder, il est demandé aux Serbes, en guise de voeux, de se révolter contre le président yougoslave Milosevich. Nous n'avons jamais soutenu ce dernier à l'encontre d'un Mitterrand, quand l'opposition yougoslave d'une part, l'Église orthodoxe d'autre part demandaient l'aide des nations occidentales pour les aider à prendre légalement le pouvoir. Mais Yankees et Allemands voulaient que la Yougoslavie soit totalement démembrée, et que la Serbie n'existe plus afin que le monde musulman, dans sa forme la plus inacceptable, l'islamisme, puisse s'introduire définitivement en Europe. L'UCK, armée, entretenue, instruite par les Américains, dont les exactions, les vols, les viols, les massacres ne se comptent plus au point que même le proconsul Kouchner ne la défend plus et que le tribunal international n'ose même plus poursuivre ses investigations, l'UCK, mafieuse, a donc réussi, et en même temps elle a permis à la mafia turque de passer sa drogue notamment vers la France. C'est sans doute la raison de l'acceptation de la candidature de ce pays à l'Union européenne. Et dire que Chirac et Jospin ont prêté la main à cette infamie !
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aaaaaa Les partis politiques ne représentent plus rien; ils n'ont aucune vision de l'histoire; de l'avenir du pays; ils concourent à la destruction de la France. Allègrement Chirac et Jospin s'entendent pour vider la Constitution de la Ve République de tout contenu. Sans arrêt, nos pauvres parlementaires se retrouvent à Versailles pour voter des changements constitutionnels, afin que la France soit de plus en plus soumise aux ordres des mafieux de Bruxelles.
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aaaaaa On se souvient, autre imposture socialiste, qu'en avril 1969, les socialistes firent campagne contre la proposition du Général de Gaulle de donner au Sénat une autre structure. Les socialistes toujours démocrates lorsqu'ils sont dans l'opposition poussaient des cris d'orfraie pour défendre le Sénat pendant que les dulcipompiens, au premier rang desquels on voyait s'agiter un certain Chirac, soutenaient hypocritement le projet tout en le combattant, car ils ne pouvaient admettre la participation qui était la véritable raison de la question référendaire. J'avais écrit en 1993 à propos de Mitterrand : « Il a instauré l'habitude de la crapulerie et du mensonge en politique ». Chirac et Jospin ont dépassé le maître et chacun d'entre eux pourrait dire avec Nietzsche : « Je suis le premier immoraliste : en cela, je suis le destructeur par excellence ». Or aujourd'hui, il est curieux de constater que Jospin veut supprimer le Sénat et, qu'avec la complicité de Chirac, il est en passe d'y parvenir.
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aaaaaa Quant à la Participation, les socialistes la réclament sous la forme proposée par Strauss-Kahn des stock-options. La Participation reste, pour moi gaulliste, une des revendications premières en politique. Hier, les hommes de gauche que furent mes ancêtres estimaient avec l'élite ouvrière et les grands écrivains que l'École, et les connaissances qu'elle apportait, serait pour l'avenir le gage de leur réussite sociale. Mais les patrons de l'époque et les écrivains de droite ne se privaient pas de dire que c'était du temps perdu pour la production.
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aaaaaa Actuellement, la gauche comme la droite refusent la formation, les connaissances et acceptent que les chômeurs d'aujourd'hui et surtout ceux de demain atteignent un niveau tel qu'il n'y aura pour eux aucune possibilité de reclassement. Politiques, chefs d'entreprises, syndicalistes ont détruit la solidarité, prôné l'égoïsme professionnel; ils sont aidés en cela non seulement par ce qui reste de marxistes mais par les chrétiens dits de gauche. La hiérarchie catholique combat le message de Jean-Paul II dans Centesimus annus. Car NN.SS. sont anti-gaullistes, ils ont refusé la Participation. Pour eux l'enseignement de l'Église n'a aucun intérêt. Aucun intérêt Rerum Novarum, aucun intérêt Quadregino anno, aucun intérêts les Sociétés fabiennes, aucun intérêt le saint-simonisme.
aaaaa La Participation conditionne l'avenir social de la France et de l'Europe, mais aussi, je dirai surtout, son avenir spirituel et culturel. Jean-Paul II et Charles de Gaulle ne se complètent-ils pas lorsque l'un évoque : « Une société divisée par un conflit d'autant plus dur et honteux qu'il ne connaissait ni règle ni norme, le conflit entre capital et travail », et que le second écrit : « Ce ne sont pas seulement les machines et les crédits qui font le progrès, c'est avant tout la valeur des hommes ».
aaaaa À partir de 2001, nous entrerons dans une suite d'élections : municipales, cantonales, régionales, législatives et présidentielles. Dois-je mettre une sourdine à ce que je pense ? Dois-je employer la langue de bois afin de ne point vous gêner ? Ce serait indigne de vous comme de moi. En effet, il est évident que je combattrai le président sortant, car, entre autres méfaits, il a accepté comme légal et légitime le gouvernement hitlérien de Vichy oubliant que la France et la République étaient incarnées depuis Londres et Alger par le Général de Gaulle. Par là même il a déclaré reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation et le génocide des juifs; "il a vendu" la force de frappe française aux États-Unis; il accepte les injonctions économiques et militaires des Américains. Il est préférable d'avoir en face de soi un véritable ennemi, surtout si c'est un Jospin, qu'un soi-disant compagnon veule et lâche.
aaaaa Je terminerai, Monsieur le Président, sur une certitude : l'un comme l'autre nous ne sommes pas seuls dans ce combat, nous sommes assurés que notre mission est de mener le combat pour la dignité des hommes, contre le conformisme du comportement et des idées. J'entends par conformisme, le sentiment de l'individualisme qui est la forme la plus grégaire de l'aliénation. Pour vous comme pour moi qui connaissons l'enseignement du Général de Gaulle, nous savons que le gaullisme prône le rassemblement, sans exclusive, de tous les Français, de gauche comme de droite, ce n'est pas le laisser faire libéral mais la défense des valeurs de l'État et de la République, ce n'est pas le nationalisme xénophobe et belliqueux, mais la reconnaisance de la Nation par le patriotisme; ce n'est pas l'inégalité devant la vie mais la défense de la dignité des hommes par la Participation et la Justice sociale.
aaaaa Ainsi la France sera fidèle à elle-même, à son sens de l'universel; elle apportera à l'Europe et au monde une nouvelle vision des rapports humains, une certitude vivifiée de la transcendance, qu'elle soit laïque ou religieuse. Suivons Bachelard et prenons l'imprudence comme méthode de pensée. La Participation est l'enjeu fondamental du monde à venir; laissons l'idéologie à d'autres et, pour une fois, donnons raison à Hegel : « La vérité est toujours concrète ».
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20 JANVIER 2000