Discours d'accueil de Jean Tibéri lors de son dîner-débat
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par Jacques Dauer
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Mon cher Jean,
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aaaaa Voici quelques quarante-cinq ans que nous nous connaissons et, s'il y a un point sur lequel nous sommes toujours restés en accord total, c'est bien celui de nos convictions politiques : nous sommes tous les deux des gaullistes, des gaullistes qui ne se sont jamais reniés, et c'est, tu ne le sais que trop, une espèce en voie de disparition. Certes, des sensibilités philosophiques, voire sociales différentes, peuvent nous conduire à une appréciation personnelle des événements et des voies et moyens pour y faire face (cela reste d'ailleurs à prouver), mais sur l'essentiel, la pensée du Général et son enseignement, nous ne pouvons avoir de divergences. C'est donc au nom de ce que nous avons été et de ce que nous sommes restés que je t'ai invité. Permets-moi de te remercier d'avoir accepté cette invitation et d'être parmi nous ce soir.
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aaaaaa Il y a en effet une chose que ni mes compagnons ni moi n'avons jamais pu supporter, c'est l'intolérance et l'injustice Or, c'est à elles deux que tu as à faire face aujourd'hui, victime d'un lynchage politico-judiciaire et médiatique mené avec un acharnement plus que suspect. « À qui profite le crime ? » Je ne nommerai personne, de peur d'en oublier. Mais j'admire le courage et la détermination, et même la foi, avec lesquelles tu te bats et défends ton honneur en même temps que ta gestion de Paris. Ce n'est pas l'attitude d'un coupable. C'est celle d'un homme qui croyait et continue de croire que le service public est le premier devoir du citoyen. Dans ce combat, où la moindre des erreurs est dénoncée comme un crime, tu es soutenu, aidé, défendu pas à pas par ton épouse qui mérite bien qu'on lui rende hommage ce soir. Au moment où toutes les valeurs familiales et celles du mariage qui en est la base sont foulées au pied au profit d'une société erratique, vous donnez tous les deux l'exemple de ces vertus d'amour, de solidité et de solidarité qui étaient autant de repères pour affronter les difficultés de la vie : « Pour le meilleur et pour le pire », dit la formule consacrée.
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aaaaaa Bien entendu, notre rencontre de ce soir a un autre but que ce seul témoignage d'amitié. Nous aimerions que tu éclaires notre lanterne, non point sur ton avenir, mais sur celui de Paris qui ne doit pas tomber entre les mains des médiocres. Paris, capitale de la France, phare de l'univers, Paris, la capitale de la France et l'image de sa gloire ! Paris, sans lequel le monde ne serait pas le monde ! Paris, Compagnon de la Libération, libéré par lui-même, par la Résistance et par les Fran-çais libres de la Division Leclerc, avec, bien sûr, l'aide des armées alliées, tous unis alors dans le même combat pour la liberté et la dignité de l'Homme ! La nouvelle jeta dans les rues les habitants de Montréal, de Caracas, de Montevideo, de Rio-de-Janeiro, de Londres, de New-York et de bien d'autres lieux, car l'événement, tant attendu, essentiel aux yeux du monde, éclipsait toutes les victoires alliées qui l'avaient précédé. Il avait valeur de symbole. Pour tous, c'était la Victoire de la dignité humaine sur la barbarie, c'était un jour de gloire partagé par tous les Hommes libres de tous les continents.
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aaaaaa Mais les jeux politiciens manquaient à ceux qui n'avaient jamais été à la hauteur des circonstances pendant quatre ans et qu'on avait davantage vus à Vichy que sur les champs de bataille. Ils s'autodéclarèrent résistants sans vergogne et, pour preuve, s'échangèrent tous les certificats nécessaires. Après quoi, ils entreprirent de chasser de Gaulle et, malheureusement, y parvinrent. Il fallut attendre douze ans pour que, le Général revenu aux affaires par la faillite de leur IVe République, tout se redressât. Mais quand, grâce à son action, le pays fut redevenu prospère et eut retrouvé son audience dans le monde, alors, bien entendu, ils s'empressèrent de le congédier comme un vulgaire serviteur. Et ceux de son parti ne furent pas les derniers à mettre la main à la pâte ! Tout à leurs mesquines prétentions, cela ne les gênait pas - qu'il fussent de droite ou de gauche ou plutôt se disant tels - d'entraîner du même coup la Patrie au désastre. On y est aujourd'hui et bien malin serait celui qui pourrait trouver la plus petite différence dans leur acharnement à détruire l'État et la Nation, c'est-à-dire la République, c'est-à-dire la France. Si je ne cite pas de nom, c'est uniquement pour ne pas être obligé de nommer un haut personnage de l'État que tu considères toujours comme un ami. Je ne t'importunerais donc pas avec ce que j'appellerai, par pure convention, mes états d'âme ! Je dirai quand même un mot de la Corse qui t'est si chère, ainsi qu'à ton épouse, et qui est désormais au bord de la guerre civile, car on ne me fera pas croire que la majorité des Corses se soumettra sans combattre à une minorité terroriste et mafieuse.
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aaaaaa Dans quelques instants, nous t'écouterons avec intérêt. Auparavant, je te ferai une dernière confidence : j'ai été étonné et heureux à la fois, lors de la préparation de ce débat, de constater que la plupart de nos amis, notamment parisiens, devant les péripéties des candidatures, étaient finalement favorables à un nouveau mandat pour toi. Certes, là encore, les sensibilités et les gesticulations de certains, les approches peuvent être différentes, mais ces différences, qui font la richesse de notre Académie (c'est un bien grand mot), appellent au débat. De la confrontation naît la Lumière, dit-on, et Paris chaque fois que l'on prononce son nom nous en fait souvenir. Sache encore que la sympathie qui nous porte vers toi n'est pas de circonstance. Elle est profonde et motivée. Nous estimons que tu as été un maire qui s'est bien occupé de sa ville, recherchant ce qui répondait le mieux aux besoins des Parisiens. J'aimerais que tu puisses continuer !
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aaaaaa Puis-je, en conclusion, citer Jean Jaurès ; « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant ».
21 septembre 2000