LA UNE - avril 2001
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RUPTURE OU RÉVOLTE
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par Jacques Dauer
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Vous trouverez ci-après de larges extraits de l'allocution prononcée lors du dîner-débat avec Jean-Pierre Chevènement, le 13 février dernier. Il était important à mes yeux d'être clair en exprimant le fond de ma pensée. Au moment ou l?ensemble du monde politique pratique la veulerie et la lâcheté avec une telle impudence que nos concitoyens se retranchent dans le vote blanc ou l'abstention, il est nécessaire de parler net. On est au point où la politique de Jospin nous ferait admettre que Pierre Laval fut un patriote?
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aaaaa On oublie, malgré de nombreux articles, que l'inversion des valeurs, le mal pour le bien et le bien pour le mal, qui a caractérisé les Nazis et les Soviétiques, est aussi une constante du monde anglo-saxon, sauf à l?intérieur de ses frontières... Quoique ! En France, c'est ce monde totalitaire qui inspire non seulement les politiques, mais aussi la fonction publique, sans oublier les managers sortis des Grandes Écoles et de l'ENA. Pour éviter la révolte qui s'approche, seule la rupture avec les manigances actuelles peut en détourner. Jean-Pierre Chevènement prendra-t-il cette voie ? Les prochaines semaines nous l'apprendront. Nous ne vivons pas dans un état de droit (avec une minuscule, sinon c?est une impropriété), mais dans un état de non-droit qu'apprécient celles qui se font appeler les chiennes de garde, en oubliant que le terme avait déjà été employé : la chienne de Ravensbrück. La récente polémique autour de certains écrits de Daniel Cohn-Bendit relève du même état d'esprit chez celui qui, dit-on, déclara en 1997 : « Le pédophile aujourd'hui, c'est le juif de 1940 » !
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Monsieur le Président,
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aaaaaa La coutume et la courtoisie veulent que l'on réserve à l'invité un florilège de compliments. Mais le meilleur des compliments, n'est-ce pas la présence de tous ces amis venus écouter un homme que l'on respecte ? Vous êtes républicain, je suis républicain et gaulliste, nous saurons débattre, peut-être nous opposer et qui sait nous entendre ... Je vous remercie sincèrement d'avoir accepté notre invitation. Je vous dirai tout net ce que je pense, tout en sachant que certains de mes amis ne m'approuvent pas toujours, mais je crois au parler franc et, en présence d'un homme tel que vous, ce serait irrespectueux de ne pas agir ainsi...
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aaaaaa ...Le cléricalisme (?) est revenu en force. Le cléricalisme d'aujourd'hui, c'est l'énarchie dévoyée. Ces nouveaux clercs méprisent, eux aussi, le peuple. Ils nous obligent à croire, alors qu'eux-mêmes ne croient en rien, sauf dans le fric, le pouvoir à tout prix et se combattre, mais ils méprisent les citoyens que nous sommes et refusent que nous participions un tant soit peu à la vie de la Nation. Nous vivons dans un système totalitaire, c'est la raison pour laquelle nous craignons, dans les cinq ans qui viennent, non une révolte populiste, mais une révolte du peuple. Nous la craignons, et peut-être, dans notre for intérieur, l'espérons-nous, car cela peut sem-bler le seul moyen de sortir de l'ornière et de la décadence.
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aaaaaa Nous préconisons donc une politique de rupture avec le monde politique actuel. Vous êtes parmi les rares qui peuvent participer à cette politique de rupture, mais il faut en avoir la volonté. Certains d'entre nous estiment que vous l'avez.
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aaaaaa Nos élus, de droite comme de gauche, ressemblent à s'y méprendre aux parlementaires de la fin de l'Ancien Régime, méprisants et arrogants, et je pourrais ajouter quelques qualificatifs : dépravés, décadents, pervers. Nous ne pouvons plus accepter de tels dirigeants avec de telles conceptions, si ce mot peut s'appliquer non à leur manière de penser, ils ne pensent pas, mais à leur manière d'agir...
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aaaaaa ...Nous constatons que non seulement les partis politiques, mais aussi les syndicats patronaux, cadres et ouvriers, sont mus par les mêmes conceptions. Ne parlons pas de la fonction publique : la haute fonction publique est gangrenée pour les mêmes raisons que les politiciens, issus des mêmes écoles et passant d'une fonction à l'autre. Quant aux autres ils ne défendent plus les intérêts de l'État, mais des intérêts corporatistes. Que ce soit les administrations centrales ou territoriales voire les organismes tels que la Sécurité sociale, l'EDF, la SNCF, etc. Les syndicats régentent tout, ils sont plus puissants que les ministres et, quand ils font grève, ce n'est pas un vrai combat qu'ils mènent puisque leurs jours de grève sont toujours payés, grève ou non. C'est au contribuable de régler la note. Vous comprendrez qu'il y en a marre.
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aaaaaa Ne croyez pas pour autant que je défende les managers, car ce ne sont pas des chefs d'entreprise, ils sont pour la plupart sortis de Grandes Écoles, dont l'ENA, où on leur a appris le mépris des autres et que leur seule fonction était de faire du fric pour d'autres? et pour eux-mêmes of course. J'ai été chef d'entreprise, ou plus exactement patron - je préfère ce titre si dévalué : les vrais patrons ont un rôle à assumer que je rappelais encore dernièrement dans un article : « la sensibilité qui est la mienne, je la dois à mon père qui me dit, le 20 janvier 1938, nous fêtions mes douze ans : « Jacques, souviens-toi qu'un ouvrier entre dans un tunnel à l'âge de qua-torze ans pour n'en sortir qu'avec la mort. Le rôle d'un patron est d'agir de telle sorte qu'il puisse sortir de ce tunnel et vivre libre ». Je n'ai jamais oublié, même si j'ai pu faire des erreurs, commettre des fautes, cela reste l'axe de ma vie. Mon gaullisme provient de là, c'est toute la différence entre l'être et l'avoir.
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aaaaaa La Constitution française de 1958 est mise à mal. Vous-mêmes avez voté contre le septennat qui en était le pilier. Le référendum est confondu volontairement avec le plébiscite. Pourtant , il y a une différence essentielle : en cas de remise en cause du pouvoir, lors d'un plébiscite, le Président reste; avec le référendum, il démissionne. Il faudra revenir à une plus saine conception des choses et, si des articles devaient encore être changés dans la Constitution, ce ne devrait certainement pas être pour la transformer en régime présidentiel, dont certains rêvent, ou en régime d'Assemblée que d'autres veulent remettre en place, mais plutôt pour supprimer tous les ajouts, notamment ceux qui permettent aux mafieux de Bruxelles de régenter notre pays. Le plus grave réside dans le fait que ceux qui nous gouvernent n?ont guère le sens de l'intérêt national. Ils mettent à l'encan le territoire de la République : Corse, Pays basque, Alsace, Savoie, Catalogne, etc., au profit d'une nouvelle forme d'Europe : le saint empire germano-américain. La destruction de la France, le seul souci pendant des siècles des Anglosaxons, des Espagnols et des Germains, est en voie d'être réalisée grâce aux trahisons de la gauche et de la droite réunies, de Bayrou à Jospin, de Giscard à Chirac, de Le Pen à Cohn-Bendit. Nos zélites, comme celles de la Gaule envers les Romains, ont accepté hier la servitude à Hitler, à preuve la reconnaissance du pseudo gouvernement de Vichy, et aujourd'hui celle aux Américains sur le monde, et aux Germains en Europe. Montesquieu avait raison : « Une bigoterie universelle abattit les courages ».
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aaaaaa Au cléricalisme, dont je parlais au commencement de mon propos, s'oppose le gaullisme. En d'autres termes à la cooptation oligarchique, c'est-à-dire le renfermement, s'oppose une autre conception : la coaptation, c'est-à-dire le rapprochement, le rassemblement. Car il faut découdre et non déchirer.
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aaaaaa Beaucoup d'entre nous préconisent une politique de rupture. Cette politique ira jusqu'au vote blanc, dont ils réclament la reconnaissance car il s'agit d'un désaveu populaire dont il faut tenir compte en démocratie, voire à la non-participation aux élections à venir, notamment aux élections présidentielles. Nous connaissons déjà les réponses des politiciens de tous bords. Nous ne perdrons pas notre temps à leur répondre, mais nous attendons qu'un homme se présente, clair dans ses pensées, dans ses propositions, qui s'engage totalement dans cette politique de rupture et « prenne l?imprudence comme méthode de pensée ».
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aaaaaa En conclusion, Monsieur le Président, comme j'ai parlé à plusieurs reprises de rupture, il me faut insister et être clair sur cette notion. Rupture avec qui ? Rupture avec quoi ? Avec l'ensemble de la classe politicienne qui refuse, elle, de rompre avec le capitalisme comme avec l'idéologie para-stalinienne. Si elle est de droite, elle défend le libéralisme et le financier; si elle est de gauche, elle défend paradoxalement les valeurs bourgeoises de l'argent facilement gagné. Ensemble, gauche et droite mènent le combat contre la taxe Tobin qui pourrait résoudre un grand nombre de problèmes à l'échelle du monde. Bref, elles se rejoignent sur l'économie et la solidarité marchande. Économie et solidarité qui nient l'homme, qui nient la société, qui nient l'État. Je citerai le Général de Gaulle, dont l'enseignement est plus actuel que jamais : « le ressort d'un peuple c'est l'ambition. » et « Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde. »
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aaaaaaDonc à ces idéologie, nous mettons en face un idéal, celui de l'universel, de la démocratie et des nécessités sociales. Cet idéal a un nom : le gaullisme, c'est d'autant plus facile à défendre aujourd'hui que les RPR, qui ont pris le terme sans en prendre le contenu, ont capitulé en rase-campagne, rejoignant le camp des habitués de la décadence. Le gaullisme refuse le nationalisme, refuse le totalitarisme, refuse l'abaissement de la condition humaine. Le gaullisme se base non seulement sur une certaine idée de la France, mais surtout sur l'homme qui pense, sur l'individu qui agit en fonction du devenir et du respect de l'être humain, sur la démocratie sociale re-fusée par la gauche plurielle. Le gaullisme ne peut admettre que, dans un pays comme le nôtre, les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres, que le financier prenne le pas sur le producteur, l'actionnaire sur l'homme qui travaille. « Ce ne sont pas seulement les machines et les crédits qui font le pro-grès, c'est avant tout la valeur des hommes. » Le gaullisme ne peut admettre non plus qu'une nouvelle forme de colonialisme se mette en place et détruise l'avenir de l'homme. Le gaullisme est une notion spirituelle, un idéal, et non une idéologie. Le gaullisme, c'est pour nous l'espérance, l'espérance en l'homme pour le siècle qui commence.
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aaaaaaPermettez-moi pour terminer, Monsieur le Président, de m'adresser au Général : Oui, mon Général, vous aviez, vous avez comme toujours raison : « La France est la lumière du monde, son génie est d'éclairer l'univers. »